À l’issue du conseil de sécurité réuni ce jeudi matin à l’Élysée, Emmanuel Macron a fixé une doctrine claire pour les prochains jours et en particulier pour la mobilisation du 24 octobre. Partout où des personnes sans légitimité syndicale demanderont à manifester, les préfets interdiront les rassemblements dans la mesure du possible. Là où des organisations syndicales déposeront des demandes, celles-ci seront examinées et des tracés alternatifs leur seront proposés afin de protéger les commerces et les bâtiments publics. Le président a ajouté que la recommandation générale restait qu’il n’y ait pas de manifestations dans les jours à venir et que les forces mobiles seraient fortement sollicitées.
Cette annonce intervient alors que la préfecture de police de Paris a, le même jour, invité les commerçants de la capitale à renforcer eux-mêmes leur protection avant les prochaines mobilisations. Dans un courrier, le préfet Patrice Faure leur recommande de recourir à des agents de sécurité privée, de vérifier le fonctionnement de leurs systèmes d’alarme et de vidéoprotection, et d’envisager des fermetures anticipées. La préfecture reconnaît que le dispositif policier renforcé ne peut garantir à lui seul la sécurité de chaque établissement après les pillages du 17 et 18 octobre qui ont touché des milliers de commerces dans le pays.
Ces deux messages relèvent d’un grand écart entre le discours de fermeté et les moyens effectivement déployés sur le terrain. D’un côté, le gouvernement restreint fortement le droit de manifester pour les collectifs non syndicaux, étudiants, lycéens ou issus des gilets jaunes, en arguant des violences de la semaine passée. De l’autre, il reconnaît implicitement que les forces de l’ordre ne seront pas en mesure de protéger l’ensemble des commerces et renvoie les acteurs économiques vers des solutions privées qu’ils devront financer eux-mêmes. À Paris, la préfecture a d’ailleurs déjà interdit le parcours Bastille-Opéra déclaré par des collectifs étudiants et gilets jaunes, tout en autorisant celui de la CGT entre Bastille et Nation.
Cette stratégie laisse ouverte la question de l’égalité de traitement entre organisations. Elle pose aussi celle de la capacité réelle de l’État à assurer l’ordre public sans transférer une partie de la charge de la sécurité sur les commerçants déjà touchés par les dégradations. Un nouveau conseil de défense est prévu vendredi pour ajuster le dispositif avant le week-end.