L’ONU cherche toujours son prochain secrétaire général, et Washington veut un homme : Viktor Orbán. Poussé par Donald Trump selon le Wall Street Journal, l’ancien Premier ministre hongrois, qui pourrait aussi obtenir le soutien de la Russie et la Chine, pourrait, à l’opposé, voir son éventuelle candidature buter sur le refus de la France et du Royaume-Uni.
António Guterres, 77 ans, achèvera son deuxième mandat de cinq ans à la tête de l’ONU le 31 décembre prochain. Pourtant, à moins de trois mois de son départ, les grandes puissances ne sont toujours pas parvenues à se mettre d’accord sur un successeur. Le Conseil de sécurité a déjà organisé six scrutins indicatifs, dont le dernier, tenu le vendredi 16 octobre, n’a dégagé aucun candidat capable de réunir l’unanimité des cinq membres permanents.
Aucun candidat ne fait consensus
Lors de ce sixième scrutin, aucun des sept candidats n’a réussi à échapper, à minima, à un vote négatif de l’une des cinq grandes puissances disposant du droit de veto, à savoir les États-Unis, la Russie, la Chine, la France et le Royaume-Uni. La Costaricaine Rebeca Grynspan, 70 ans, qui dirige l’agence de l’ONU pour le commerce et le développement (Cnuced), est arrivée en tête avec neuf avis favorables, mais aussi cinq défavorables, dont deux émanant de membres permanents.
Elle est suivie de Carolyn Rodrigues-Birkett, 53 ans, ancienne ministre des Affaires étrangères du Guyana et actuelle ambassadrice auprès de l’ONU, ainsi que de l’Argentin Rafael Grossi, 65 ans, dirigeant de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). Les deux ont recueilli huit avis favorables et six défavorables, dont deux de membres permanents chacun, Grossi bénéficiant d’un soutien de grande puissance en moins.
Les quatre autres candidats, Macky Sall, ancien président du Sénégal, les Équatoriennes María Fernanda Espinosa et Ivonne A-Baki, ainsi que l’Ougandais Olara Otunnu, restent en retrait dans les sondages. L’ancienne présidente chilienne Michelle Bachelet, initialement candidate, a retiré sa candidature après avoir appris l’existence de vétos à son encontre lors des scrutins précédents.
Les raisons précises de ces blocages restent largement couvertes par le secret des consultations, mais certaines fuites diplomatiques donnent des pistes. Pour Grynspan, des diplomates américains évoquent, selon Politico, ses positions sur Israël et ses liens étroits avec la Chine comme autant de sujets susceptibles de lui valoir un veto américain, même si rien n’a été confirmé officiellement.
Pour Grossi, c’est la Russie qui apparaît comme le principal obstacle, en raison du rôle de l’AIEA dans le dossier iranien et de la surveillance de la centrale ukrainienne de Zaporijia, occupée par les forces russes. Aucun de ces motifs n’a été confirmé publiquement par les États concernés, et les votes restent anonymes.
“Candidat conservateur idéal”
Les États-Unis ont un nom en tête. Selon le Wall Street Journal, Washington souhaiterait voir Viktor Orban se présenter pour siéger à la tête de l’ONU à New York. Selon le journal, l’ancien Premier ministre hongrois est régulièrement cité par les dirigeants et diplomates américains.
Il est considéré comme “le candidat conservateur idéal, dans la lignée du mouvement MAGA » et saurait “exercer le pouvoir dans un contexte hostile” et “ne serait pas intimidé par l’institution”. Le Wall Street Journal, citant un responsable du département d’État américain, miserait même sur huit voix au Conseil de sécurité pour l’ancien PM hongrois, voire 10 sur les 15 membres.
Bien qu’intéressé par une éventuelle candidature, Viktor Orban a exprimé des réserves et ne s’est pas positionné publiquement sur une telle possibilité. Mais si sa candidature peut recevoir le soutien de Donald Trump, qui avait déjà exprimé son soutien au Hongrois lors des dernières élections législatives, ou celui de la Chine et de la Russie, avec qui Viktor Orban appelait à maintenir des relations et négocier en vue de mettre fin à la guerre en Ukraine, Paris et Londres pourraient s’y opposer.
Les deux puissances européennes pourraient s’opposer à Orbán principalement en raison de son bilan européen. Pendant des années, le Premier ministre hongrois a souvent opposé son véto à de nombreuses initiatives comme le soutien financier ou surtout militaire à l’Ukraine, ainsi qu’aux sanctions contre Moscou, refusant de faire porter aux États membres, ou du moins à son pays, de lourdes dépenses, tout en affirmant sa conviction que les aides militaires signifiaient la poursuite du conflit.
L’on évoque aussi une “proximité affichée” avec Moscou et Pékin, présentée comme un atout par Washington, mais qui pourrait nourrir la résistance de Paris et Londres pour limiter l’influence russe et chinoise dans les organisations internationales. À cela s’ajoute un argument de rotation régionale car depuis des décennies, aucun secrétaire général ne vient d’Amérique latine ou des Caraïbes, une région qui présente cette année deux candidatures.